Site officiel du Collectif Interassociatif Enfance et Média
Comme le Ciem s’y était engagé, nous avons sollicité les pouvoirs publics, notamment le ministère de la Santé et de la Jeunesse, le ministère de la Culture et de la Communication, et le Ministère en charge de la Famille. Le ministère de la Culture a fait part de ses préoccupations auprès du CSA. Les cabinets des deux autres ministres se sont montrés particulièrement attentifs à nos préoccupations et à notre démarche concernant les chaînes bébé. Nous avons également été reçus par l’Association des maires de France, soucieuse de l’utilisation qui pourrait être faite de telles chaînes dans les lieux de garde pour bébés.
Globalement, les autorités publiques concernées sont consternées par l’arrivée d’une chaîne qui vise les bébés.
Enfin, nous avons poursuivi l’information envers un public large, en participant notamment à l’émission Science publique sur France Culture et en renforçant nos relations avec la presse par diverses interviews.
Le lancement d’une telle chaîne pose la question des effets sur le développement des bébés de leur fréquentation des médias et en particulier de la télévision entre 0 et 3 ans, quelle que soit la chaîne regardée. Il est intéressant que les pouvoirs publics envisagent une action à moyen terme et un programme de recherche serait bienvenu sur ces questions. Il sera important également de sensibiliser nos voisins européens et leurs gouvernements à ce problème.
Des actions rapides sont cependant aussi possibles.
Le CIEM souhaiterait que le CSA prenne rapidement une recommandation visant tous les services français, éditeurs ou distributeurs de services de télévision, afin d’interdire la diffusion et la distribution de services visant les enfants de moins de 2 ans.
Cette recommandation permettrait d’éviter la création de futures chaînes pour les bébés en France, et s’appliquerait également immédiatement à Canal satellite qui est le distributeur français d’une chaîne destinée aux bébés.
Le CSA en a la compétence juridique en se fondant sur les principes énoncés aux articles 1er et 15 de la loi du 30 septembre 1986 modifiée relative à la liberté de communication, qui lui confient la mission de veiller à la protection de l’enfance et de l’adolescence, imposent d’assurer la protection du jeune public contre les programmes susceptibles de nuire à son développement. Vis-à-vis d’une chaîne dont l’ensemble des programmes posent problème dans leur intégralité, nous ne voyons pas d’autre mesure possible.
Le discours de Babyfirst repose essentiellement sur le fait que, connaissant les dangers du visionnage de la télévision par des bébés, la chaîne encouragerait les parents à accompagner les bébés dans ce visionnage. Outre les problèmes pratiques que pose une telle consigne sur le fond, car on sait que les parents vont utiliser cette chaîne pour se décharger de leurs bébés et avoir de la tranquillité, ce discours pose un problème de crédibilité : pour rassurer parents et pouvoirs publics, le lancement de la chaîne s’est accompagné de la diffusion d’un guide des parents qui a été distribué le jour du lancement et dont une version est encore accessible sur son site internet.
Sur le guide (version papier) distribué en octobre 2007, figuraient cinq noms de pédiatres, psychiatres, psychologues ou psychothérapeutes. Au 8 mars 2008, n’y figurent plus que 3 noms d’experts toujours présentés comme « membres du comité de soutien du guide des parents » de Babyfirst, « les spécialistes du développement de l’enfant chez BabyFirst ».
Or, entre-temps on a pu entendre dans plusieurs émissions de radio et de télévision le pédopsychiatre Stéphane Clerget, cité dans la première version du guide, critiquer sévèrement le principe même d’une chaîne pour bébé (notamment sur France Inter le 27 novembre et France 3 Ile de France du 8 janvier 2008) et réfuter tout appui à Babyfirst.
Plus récemment (lors d’une émission de France Culture du 7 mars 2008), l’une des experts mise en avant par Babyfirst, Maryse Vaillant, indiquait qu’elle ne soutenait pas cette chaîne. Elle expliquait qu’elle avait bien été contactée et avait bien répondu à des questions venant de journalistes du magazine Psycho enfant mais sans savoir que ses propos seraient utilisés dans le cadre d’un comité de soutien de Babyfirst et elle mettait en cause le fonctionnement même de la chaîne.
Arié Guez s’est présenté dans cette émission comme ancien directeur général de Babyfirst Europe, responsable du lancement de la chaîne Babyfirst en Europe, et directeur d’une société de marketing BD Forces spécialisée dans les médias et technologies. Il est à notre connaissance la seule personne à défendre dans les médias les intérêts de la chaîne qui est basée à Los Angeles. Le fait qu’il ait déjà démissionné de ce « poste » qui de toute façon n’apparaît pas dans l’organigramme officiel de la chaîne, donne une impression d’irresponsabilité dans le management de la chaîne par rapport à son public français.
Cette chaîne avait été lancée en promettant que des experts et notamment des experts français en superviseraient les programmes, or ces programmes sont 100% américains, doublés en français et elle n’a dès aujourd’hui aucune attache européenne.
A voir sur le site du CIEM :
Télévision pour les bébés : un danger pour leur santé, pour leur développement et pour leur éducation